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Fiche d'expérience

Pacte territorial de prévention du risque suicidaire

Pacte territorial de prévention du risque suicidaire

Le pacte territorial de prévention du risque suicidaire est né d’une volonté politique forte pour faire face à une problématique prégnante sur le territoire du Pays Castelbriantais. L’objectif est que, en tant que citoyen, chacun puisse être à l’écoute et se sente légitime dans une intervention éventuelle face à une personne suicidante. 

Contexte

Les élus de Chateaubriant sont très impliqués sur les questions de santé publique. C’est ainsi que des actions ont pu être mises en œuvre depuis 12 ans :

  • sécurité routière
  • alcool et consommation de produits illicites
  • accidents domestiques
  • actions prévention santé (vaccination, cancer, obésité) 
    Depuis 5 ans, les élus de la Ville de Châteaubriant expriment leur volonté d’un travail au long cours sur le thème de la prévention du risque suicidaire, du fait d’un constat alarmant. Le nombre de décès par suicide, par an, en France, est de 10 127 en 2010 (source INSERM) et 160 000 tentatives. Les disparités entre les régions françaises sont très marquées, avec une prévalence élevée du suicide dans le Nord-Ouest. 12 régions ont un taux de suicide supérieur d’au moins 15 % à la moyenne nationale. La mortalité est supérieure de 11 % à la moyenne régionale en Loire Atlantique et de 37 % pour le secteur Châteaubriant/Nozay/Derval.

Un comité de Pilotage a été créé fin 2009 afin de travailler sur la méthodologie de projet à engager sur le territoire. Deux axes prioritaires se sont dessinés :
1/ en direction des professionnels médico-sociaux travaillant dans les secteurs personnes âgées, jeunes, adultes en difficulté sociale, personnes handicapées.
2/ en direction du grand public.

Des outils appropriés ont été recherchés par le CCAS pour répondre au mieux aux besoins de formation et d’informations exprimés.

Description / Fonctionnement de l'action

1/ LA FORMATION EN DIRECTION DES PROFESSIONNELS

OBJECTIFS

 2010

  • Acquérir une meilleure connaissance du risque suicidaire (données épidémiologiques).
  •  Reconnaître les facteurs de risques et les signes d’alerte.
  • Identifier les structures aidantes sur notre territoire.
     2011
  • Faire en sorte que les professionnels soient plus à l’aise face à la problématique du suicide dans le cadre de leur pratique.
  • Apprendre à se sentir « à sa place » dans l’écoute à apporter aux usagers.
  • Permettre un passage de relais vers les structures spécialisées dans de bonnes conditions.
     2012
  • Présenter les différentes structures psychiatriques du territoire : la pédo-psychiatrie, le Centre Médico Psychologique pour adultes et le service santé mentale et vieillissement.
  • connaître les étapes de deuil chez les personnes touchées par le suicide.
  • être en capacité d’accueillir une personne endeuillée par suicide.
     

2013

  • Offrir aux professionnels sanitaires et médico-sociaux un temps d’échange sur les pratiques du travail en réseau dans le domaine de la prévention du risque suicidaire.
  • Sensibiliser à la prévention du risque suicidaire en milieu scolaire pour les personnels d’encadrement, de vie scolaire et du corps professoral.
     

ACTIONS 

2010 : Intervention, sous forme de demi-journées de formation (3 x 3 heures), de l’association « Recherche et Rencontres », centre social spécialisé dans la lutte contre l’isolement, la prévention du suicide, aide à la relation et la communication.

 

2011  : Intervention, sous forme de demi-journées de formation (3 x 3 heures), du Centre hospitalier spécialisé de Blain durant la Semaine nationale de la santé mentale (intervenant formé suite à la conférence de consensus organisée par la Fédération Française de Psychiatrie en octobre 2000). Les groupes ont été constitués selon le public reçu : personnes âgées, adultes fragilisés et jeunes. Au-delà de la théorie, le jeu de rôle a permis d’être confronté à sa pratique.

 

2012 : Intervention sur 1 journée ½ de formation, du Centre hospitalier spécialisé de Blain.
Contenu : Décès par suicide : ceux qui restent, l’implication de l’entourage, le retentissement du suicide, place et rôle des accueillants.
Outils utilisés : jeux de rôle à partir de cas concrets.

 

2013 :

a/ Réunions d’informations menées par l’association « Recherche et Rencontres » au sein d’un l’établissement scolaire.

b/ Colloque inter-régional (Bretagne/Pays de Loire) organisé en partenariat avec le CHS de Blain et l’ARS Pays de Loire.
Ce sont 500 professionnels qui peuvent bénéficier de ce temps privilégié d’échanges et de partage des connaissances mutuelles : professionnels de santé de la région (médecins, pharmaciens, infirmiers, aides-soignants), professionnels du social de la région (directeurs de CCAS, travailleurs sociaux, associations), élus, étudiants médicaux, paramédicaux et médico-sociaux. L’objectif est d’alimenter la réflexion à travers les échanges, notamment avec le Professeur Terra, de transmettre des expériences locales et de mobiliser un plus grand nombre d’acteurs sur la thématique de la prévention du suicide.
Outils : plaquette, programme, malette, documentation, questionnaire d’évaluation.
Communication : envoi d’invitation à tous les professionnels répertoriés, par courrier, diffusion de l’objet et la date du colloque dans les magazines spécialisés : ASH, UNCCAS, magasines spécialisés en santé.
Une prise de contact avec les structures repérées comme « ressource » sur la thématique est effectuée dans les 6 mois après le colloque.

 

2/ EN DIRECTION DU GRAND PUBLIC 2010-2011-2012

L’objectif est d’informer la population sur le risque suicidaire et les différents moyens pour aller vers le mieux être.

 

ACTIONS 

2010

  • Soirée Théâtre débat au sein du Théâtre Municipal de Châteaubriant (499 places).
  • Préambule théâtral de 30 minutes (Théâtre 3 de Nantes) - monologue de 3 femmes exprimant leur mal de vivre, suivi d’un débat, en présence de professionnels de l’association Recherche et Rencontres et de deux psychiatres des CMP, enfant et adulte, du territoire de Châteaubriant, mené par le metteur en scène.
     

2011 : deux journées de sensibilisation, sous forme d’ateliers :

  • Atelier rire (jeu d’expression, approche ludique du rire et de l’être ensemble - 45 min).
  • Atelier look et bien être (travail sur la colorimétrie, la morpho- silhouette, maquillage - 45 min).
  • Atelier écriture (jeu de mots, acrostiche, photolangage - 1h30).
  • Atelier table ronde (qu’est ce qui fait vivre, qu’est ce qui fait mourir ? 45 min).
    Ces ateliers ont été animés par l’association la clownerie, la Maison de l’Emploi de Châteaubriant, des bénévoles et le Centre Médico-Psychologique de Châteaubriant. Un planning a été établi pour permettre le passage de groupes d’usagers. En parallèle, les ateliers étaient également en libre accès.
  • En soirée, spectacle clownesque « Les Bienfaits du Rire sur la Santé » (1h15) par l’association la clownerie de Plessé. En commençant par retracer l’histoire du concept du rire à travers les époques, la conférence permet de mettre en évidence les effets du rire sur les appareils hormonal, respiratoire, cardiovasculaire, musculaire, digestif et sur le métabolisme général.
    Toutes ces actions ont fait l’objet d’un travail de communication avec la presse locale, départementale et les radios locales.

 

2012 : une journée de sensibilisation aux risques suicidaires en direction des seniors.

  • Table ronde.
  • Ateliers : écriture, look et bien-être, discussion, art thérapie.
  • Spectacle.
  • Forum.
     

En plus, de cette action en direction des seniors, le CCAS a sensibilisé des élèves de terminale à la question du mal être et du risque suicidaire sur un après-midi.

Bilan

2010

 1/ Formation des professionnels

51 personnes ont suivi la formation d’une demi-journée -18 personnes souhaitent s’investir dans les futures actions.

 

2/ Action grand public

150 personnes présentes à la soirée-débat. Le préambule a permis un échange riche avec une nouvelle image donnée au monde psychiatrique local. L’idée phare est que chacun peut avoir sa place dans l’aide à apporter à un individu suicidaire.

 

2011

1/ Formation des professionnels

  • 45 personnes ont pu être formées.
  • Grande qualité de l’intervention.
  • Jeu de rôle déstabilisant mais riche d’apprentissage.
  • Temps d’une demi-journée trop court.
     

2/ Action grand public

248 personnes ont participé à ces actions (173 aux ateliers et 75 à la soirée) - 20 personnes ont laissé leurs coordonnées pour poursuivre les actions en 2012.

 

 2012

1/ Formation des professionnels

52 personnes ont pu avoir une meilleure connaissance des structures psychiatriques du territoire et être préparées pour l’accompagnement des endeuillés par suicide.

 

2/ Action grand public :

214 seniors ont pu participer à ces actions programmées. Les personnes, qui ont participé, sont globalement satisfaites voire très satisfaites.

 

 2013

Formation des professionnels

10 professionnels de l’Education Nationale ont participé.

 

Au regard des bilans très positifs de ces actions, les élus ont pris la décision de poursuivre le travail engagé sur la prévention du Risque Suicidaire. Le grand public et les professionnels sont manifestement très en attente de la poursuite de ces actions de Prévention.

Moyens

Moyens humains : L’élue aux Affaires Sociales et deux travailleurs sociaux du CCAS sont investis sur ce projet. Les partenaires opérationnels interviennent également, en fonction des actions.

 Moyens financiers :

 COUT DES ACTIONS COUT DES SALAIRES
Action 2009 243,00 € 818,54 €
Actions 2010 3 740,00€ 1 243,75 €
Actions 2011 3 056,00 €  2 736,25 €
Action 2012 5 207,00 € 2 039,75 €
Action 2013 10 544,00 € 3 233,75 €

 Soit un investissement sur 5 ans de 32 862,04 €

Les partenaires

Partenaires opérationnels

  • ARS Pays de Loire
  • CHS de Blain (psychiatrie)
  • Centre Médico-psychologique (pédo-psychiatrie, adulte, santé mentale et vieillissement)
  • Professeur TERRA, professeur de psychiatrie, Université Lyon I
  • Centre hospitalier DAUMEZON de Bougenais (44)
  • CHS Mazurelle de la Roche sur Yon (85)
  • Association Recherche et Rencontres de Nantes
  • Théâtre 3 Nantes
  • Association la Clownerie à Plessé
  • Maison de l’Emploi de Châteaubriant (animatrice look et bien- être)
  • CRC Pays de Loire (Comité Régional de coordination de l’action sociale AGIRC-ARRCO)
  • MSA
  • CLIC du Pays de Châteaubriant
  • Conseil Général – Service Personnes âgées –Personnes handicapées
  • Collège Lycée St Joseph à Châteaubriant
  • Des bénévoles pour l’animation d’ateliers

Ils financent l'action

  • ARS des Pays de Loire :
    - 2010 : 1 000 €
    - 2011 : 1 000 €
    - 2012 : 1 000 €
    - 2013 : 5 000 €
  • CRC Pays de Loire : 2 252 € en 2012
  • MSA : 500 € en 2012

Les observations du CCAS/CIAS

1/ Une réponse originale et des outils atypiques pour traiter de la thématique

  • Thème du « risque suicidaire » annoncé clairement dans nos propositions : affiche, tract, thème des débats ou d’ateliers.
  • Recherche d’intervenants « originaux » n’ayant, au premier abord, pas de lien avec la problématique du « suicide » : association La Clownerie, Théâtre 3.
  • Mise en place d’ateliers pour offrir des réponses alternatives au « mal-être » : écriture, rôle de l’apparence, arthérapie, rire/confiance en soi. 
     

2/ Recherche d’intervenants locaux ayant la connaissance de la problématique du territoire / maillage du réseau

  • Actions de qualité avec recours à un financement raisonnable grâce à la valorisation du potentiel des habitants : animation de l’atelier d’écriture par 2 bénévoles, recours à une psychologue à la retraite en partenariat avec le Centre Médico-psychologique pour l’animation de la table ronde, présence des associations œuvrant pour les seniors lors d’un forum.
  • Les professionnels du soin ont aidés le CCAS, dans un premier temps, à se former et désormais, ils s’appuient sur le CCAS pour être créateurs d’actions innovantes en direction du public, en dehors de leurs murs.
  • Le maillage territorial permet de donner une force et une légitimité au travail pour construire ensemble et pérenniser des actions sur une thématique peu aisée à aborder.
  • Les partenaires ont connaissance du travail du CCAS et nous interpellent pour orienter des personnes fragilisées et faire le lien avec les structures psychiatriques. Le CCAS fait office de « courroie de transmission ».
     

3/ Des actions menées en parallèle en direction des professionnels et des habitants

  • Ce double temps entre la formation des professionnels et l’action tout public est nécessaire pour que la sensibilisation, la formation ait un effet bénéfique sur la prise en charge des suicidants.
  •  Le public répond en se saisissant des propositions d’actions menées : les personnes concernées par la problématique « mal être, dépression, suicide » livrent leurs histoires ou font des propositions sur les temps d’échange. Au départ (il y a 4 ans), nous pensions qu’il y aurait très peu de public à répondre aux sollicitations
  •  Grande diversité des professionnels sensibilisés (aide à domicile, assistantes sociales du Conseil Général, du Centre Hospitalier, formateurs de la Maison Familiale Rurale, les associations de retraités, les associations caritatives, les conseillers principaux de l’Education Nationale, le foyer de Jeunes travailleurs, un chantier d’insertion, l’ESAT de Châteaubriant) et des publics touchés.
     

Les actions peuvent être menées indépendamment ou au long cours, selon le souhait de la collectivité.

Le CCAS est reconnu comme acteur/moteur d’initiatives, ressource sur la thématique du « risque suicidaire », par les professionnels du soin psychiatrique.

En conclusion, l’action a nécessité de mener de front la formation des professionnels et bénévoles, de sensibiliser la population pour permettre au plus grand nombre d’être en veille concernant la problématique.

Photo : Wikimedia Commons / Oie Blanche

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